Parole d’entrepreneur – Nicolas Lorut, papa entrepreneur, fondateur de Babily

Thriès donne la parole aux entrepreneur.es. Nous partageons avec vous leurs expériences, leurs solutions et leurs conseils. Aujourd’hui, nous vous présentons Nicolas Lorut. Avant d’être entrepreneur, il a touché à plusieurs facettes du digital et il aime à penser que celui-ci peut créer des liens et non pas des barrières entre les gens. Il a développé Babily, un calendrier partagé des places en crèches, pour tous les parents qui ont du mal à en dégoter une, alors même que le taux d’occupation des crèches atteint difficilement 70% aujourd’hui en France ! Rencontre avec ce papa entrepreneur qui mène son projet avec cœur. 

Bonjour Nicolas ! Peux-tu commencer par te présenter et raconter ton parcours d’entrepreneur ?

Bonjour ! Mon parcours est assez chaotique. J’ai commencé par l’informatique, puis j’ai enchaîné avec de la création graphique, artistique, et du design. J’ai terminé mes études avec un Bac +5 Gestion de projet Multimédia, un terme un peu vieux que je remplace volontiers par Digital. J’ai eu une première expérience dans le jeu vidéo en tant qu’infographiste et chef animateur 3D. J’étais freelance en communication en parallèle. Le fil conducteur a toujours été le digital sous tous ses aspects, de la technologie au design, avec la gestion de projet liée. Et c’est avec un poste au Club Med que j’ai réussi à cumuler toutes ces casquettes : je n’y étais pas G.O. [NDLR : Gentil Organisateur], mais administrateur informatique, au siège Europe Afrique qui est basé à Lyon. Je suis passé responsable des projets digitaux. On déployait des innovations dans tous les villages d’Europe et d’Afrique : des réseaux sociaux, des e-GO qui étaient des community managers en villages, une appli mobile, des nouveaux processus de réservation, etc. Et j’ai adoré cette expérience, inspiré notamment par les innovations à destination des familles. Après le Club Med, en 2016, je me suis lancé dans Babily, avec l’idée que le digital pouvait non pas construire des murs entre les gens, comme on le lui reproche souvent, mais au contraire enlever des épines du pied, améliorer les expériences. Dans les files d’attente, dans les moments où les parcours administratifs habituels deviennent des obstacles, le digital change tout. Donc avec Babily, toute mon expérience et ma formation d’informatique, de création et de management sont en lien. Je peux dire qu’aujourd’hui enfin, j’arrive à rassembler tout ce que j’ai fait et à y trouver une cohérence !

Peux-tu nous décrire ton activité aujourd’hui et nous en dire plus sur ta solution, Babily ?

Babily c’est ma révélation en tant que parent qu’il y a de la place en crèche, qu’il y en a beaucoup contrairement à ce qu’on imagine, et qu’il y a des parents qui ont des besoins complètement différents des miens ! Ça a été une découverte pour moi qui ait eu besoin d’un mode de garde à temps plein, et qui l’ait eu les doigts dans le nez en passant par ma mairie. Mais Babily c’est d’abord la Petite Enfance, un univers que j’adore ! Dès que je pouvais je jouais un morceau de guitare au milieu des enfants de la crèche ! Je voulais créer, entreprendre pour ça, j’avais plein d’idées. Au début Babily était un cahier de vie numérique qui permettait de raconter la journée des enfants aux parents, à base de photos, de vidéos, de chansons, de dessins, etc. Certains ont très bien développé de telles solutions. Mais sur le sujet des places en crèche “occasionnelles”, rien n’existait et moi j’adore innover, je ne veux surtout pas reproduire ce qui a déjà été fait. Donc je me suis lancé sur le sujet et la mission première est de crier haut et fort qu’il y a de la place et le montrer, avec des valeurs de transparence et de visibilité. Babily est devenu le calendrier partagé des places disponibles en crèches, avec possibilité de réservation immédiate ou de mise en place d’alertes intelligentes.

J’ai fondé Babily seul et le suis resté longtemps. Au bout d’un an j’ai rejoint le premier incubateur lyonnais, Boost In Lyon. Puis j’ai lancé fin 2018 le nouveau Babily, tel qu’il est aujourd’hui. C’est en 2019 que j’ai commencé à réunir des proches, pour créer un écosystème autour de moi, des gens de confiance, avec de fortes spécialités, et avec lesquels je me sentais compatible professionnellement. Mon schéma initial était de créer un service cool et incontournable , de dégager du chiffre d’affaires, pour ensuite créer des emplois, sans lever de fonds. Mais aujourd’hui ce schéma s’est inversé puisque des personnes talentueuses ont quitté leur job pour venir à moi beaucoup plus tôt que prévu ! Et je suis prêt à les accueillir, l’ambition a toujours été de construire une aventure collective ! Et si avant j’entreprenais de façon isolée et maladroite, pour Babily j’ai très vite voulu partager. Avec les crèches, les parents et maintenant avec une équipe ! C’est dur de casser les habitudes, je me comporte un peu comme un papa parfois, et j’en suis désolé, alors je réapprends à travailler collectif, à déléguer, faire confiance, surtout que je suis loin d’être bon en tout ! Il s’agit d’ailleurs plutôt de savoir à quoi je serai bon demain !… 

Selon toi, est-ce que c’est plus difficile de trouver et de financer un mode de garde lorsque l’on est entrepreneur ?

Ce sont deux questions très différentes. Mais la réponse est la même : oui c’est plus difficile de trouver et de financer un mode de garde lorsque l’on est entrepreneur. D’abord, le trouver. Parce qu’en tant qu’entrepreneur, tu ne rentres dans aucune case. Ma propre crèche, dans laquelle j’ai eu une place quand j’étais salarié, m’a mis sur la sellette le jour où je suis devenu entrepreneur. Mes enfants ont même entendu parfois “Papa retourne à la maison”, et j’ai dû défendre le fait que je méritais ma place en crèche. Je travaillais, certes à la maison, mais je travaillais, pour moi, pour un projet et je n’étais pas demandeur d’emploi. Du point de vue des commissions en mairie tu ne coches rien non plus, la case “je crée ma société” n’existe pas, donc tu n’es pas prioritaire ! Quant à financer, selon ta situation quand tu crées ton entreprise, tu n’as pas de sous ! Pour gagner des sous, il faut travailler. Et si tu gardes tes enfants à la maison, ton projet n’avance pas… 

Et ce que l’on sait mal, c’est qu’en tant qu’entrepreneur tu peux accéder à des crèches inter-entreprises, avec des modalités avantageuses. Ton entreprise peut financer partiellement la place, avec des crédits d’impôts, des réductions de charges. Sous certaines conditions… Mais ça existe ! Et ça peut revenir au même prix qu’une crèche municipale. Le parcours de l’entrepreneur.e est chaotique mais la reconnaissance progresse fortement depuis 2010.

Dans ton quotidien, qu’as tu mis en place pour concilier vie professionnelle et vie perso et pour te dégager du temps pour toi ?

J’ai du mal à répondre à cette question… car je n’ai rien mis en place ! C’est un gros bazar, que j’adore et qui m’a permis d’être très agile dans un projet d’innovation, c’était indispensable. Ma famille aussi a été très agile : et je ne dis pas que mon épouse s’est sacrifiée pour moi, on a été agile ensemble. Mais globalement depuis le début de ce projet je ne dégage pas de temps pour moi. J’essaie de concilier vie pro et vie perso et je ne veux rien regretter.

J’ai entendu beaucoup d’entrepreneurs au début de mon aventure expliquer qu’il fallait bosser jour et nuit pour réussir. Et en fait j’ai tâché de ne surtout pas faire ça ! J’ai ménagé ma monture pour voyager longtemps. Et heureusement que je l’ai fait, car le projet a percé trois ans après. Si j’y avais passé jours, nuits et week-ends, je n’aurais pas tenu plus d’une année ! Mon enjeu a été l’équilibre : être à la maison régulièrement, voir mes enfants grandir et faire que mon expérience entrepreneuriale soit indolore pour mon foyer. Financièrement, et au niveau du temps, du partage des tâches, de l’éducation, etc… Bien sûr, selon les périodes j’ai sacrifié des vacances, des week-ends. Mais quand on parle de dégager du temps pour soi, ça me marque parce que je réalise que je ne le fais pas. Le temps pour moi c’est soit du temps pour mon projet, soit pour ma famille, et c’est ça que j’aime. Allez, un petit foot de temps en temps !

Et pour ce qui est de déléguer, j’apprends tout progressivement à le faire grâce à ce petit comité qui entoure Babily. Avec l’arrivée du chiffre d’affaires, j’apprends aussi à dépenser pour me libérer du temps sur des tâches pour lesquelles je suis moins doué. Mais il me fallait du CA pour le faire, quand t’en as pas, tu fais tout tout seul, tu te démerdes !

Si tu avais un seul conseil à donner à un entrepreneur en devenir ou en phase de lancement de son projet, lequel serait-ce ?

Un seul conseil c’est dur ! Et puis je trouve que c’est prétentieux aussi.. Mais je peux transmettre des conseils d’autres personnes, choisis avec mon expérience ! Si je dois n’en choisir qu’un seul c’est de s’assurer que notre création ait une forte valeur ajoutée pour quelqu’un, et que ce quelqu’un soit prêt à payer pour ça ! Ce n’est pas une vision lucrative de l’entrepreneuriat mais une vision pérenne. J’ai vu beaucoup de créateurs avec des fantasmes, j’en ai fait partie. Ça n’aboutit à rien parce que ton idée n’intéresse que toi ! Et l’autre erreur c’est de créer quelque chose qui a de la valeur ajoutée, typiquement dans l’ESS, l’entrepreneuriat social et solidaire, du bien, du bon, utile, mais gratuit, ou pas à l’équilibre budgétaire. Si tu ne penses pas à l’argent à un moment donné, ton projet ne dure pas, tu n’as pas de recettes ou plus de dépenses que de recettes et donc ton projet échoue. Mais avant tout il faut un projet à forte valeur ajoutée, qui serve vraiment à quelque chose, ne serait-ce que pour trouver l’énergie de le défendre chaque matin. 

Pour finir, quelle leçon ou enseignement, tiré de ta vie de parent, te sert dans ton quotidien d’entrepreneur ?

Nous avons demandé à Nicolas de répondre en vidéo à cette question. Découvrez sa réponse !

Merci à Nicolas pour ses réponses ! Pour découvrir Babily c’est par là !

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