Charlotte Vincente fondatrice Agence Lug

Parole d’entrepreneure – Charlotte Vincent, fondatrice de l’Agence Lug, entrepreneure déterminée

Thriès donne la parole aux entrepreneurs.es. Nous partageons avec vous leurs expériences, leurs solutions et leurs conseils. Aujourd’hui, nous vous présentons Charlotte Vincent. Elle a fondé son agence de rédaction de contenus il y a 4 ans, devenue aujourd’hui agence de relations presse, l’Agence Lug. Charlotte nous en dit plus sur l’intérêt de faire des RP, même pour les entrepreneurs, et nous partage son énergie entrepreneuriale : “Croire en ses projets avant tout !”, comme un écho à notre article sur la confiance en soi pour entreprendre…

Bonjour Charlotte. Peux-tu te présenter et présenter ton activité ?

Je suis Charlotte Vincent, j’ai été journaliste pendant 10 ans en presse économique et j’ai lancé il y a 4 ans et demi l’Agence Lug, au départ centrée sur la rédaction de contenus. Les entreprises étaient alors assez matures sur la conception des sites internet, les moteurs de recherche étaient de plus en plus exigeants pour faire remonter les sociétés en tête. Le contenu était donc nécessaire pour faire vivre ces sites assez statiques et pour améliorer leur référencement.

Les entreprises se rendaient compte qu’il fallait produire du contenu, qu’elles ne savaient pas le faire ou qu’elles n’avaient pas les compétences en interne, et pas le temps surtout. Or, en tant que journaliste, on m’a parfois tendu la perche pour que je rédige à côté de mes missions principales. Mais ce n’était pas quelque chose que je pouvais cumuler, en termes de temps ou de statut. Donc j’ai pensé qu’il y avait un marché là-dessus et je me suis lancée avec une agence dédiée au contenu. Ça a assez bien fonctionné, d’abord en sous-traitance de plus grosses agences, qui elles même n’avaient pas cette capacité, et ensuite avec des clients directs. C’était mon souhait car j’aimais beaucoup la relation client, découvrir des parcours d’entrepreneurs… Je retrouvais mes missions de journaliste en fait : plonger dans des univers, découvrir des marchés, c’est génial ! Puis ça s’est étendu progressivement en relations presse en commençant à rédiger des communiqués de presse pour des agences de presse. On s’est ensuite équipé de tout ce qu’il fallait pour le faire nous. C’était plutôt logique : on savait comment trouver les infos chez les clients, on savait ce qui allait intéresser les journalistes, on savait rédiger, on savait leur envoyer, relancer, etc… C’était dans nos capacités ! Et maintenant ça s’est aussi élargi à tout ce qui est animation de réseaux sociaux, principalement sur des comptes BtoB, donc surtout LinkedIn et Twitter. Le fil rouge de tout ça c’est toujours le contenu : si on est capable d’identifier les bons messages, de bien les présenter, on peut les pousser sur n’importe quel support. Aujourd’hui, l’Agence Lug c’est donc ces trois activités, centrées autour du contenu, et nous sommes deux avec une troisième personne sous forme de stage/alternance à l’année.

Peux-tu nous en dire plus sur tes clients ? Ce sont des entrepreneurs, des grosses entreprises ?

Ce sont des TPE, PME et quelques ETI quand même. C’est un mix des trois mais la continuité c’est le BtoB. On travaille avec des petites structures, comme ça a été le cas pour Thriès, qui se lancent, qui ont besoin d’être médiatisées avec des relations presse. On travaille aussi avec des structures plus installées, qui pour certaines n’ont jamais fait de relations presse. Dans le secteur BtoB on ne pense pas forcément à faire des RP, on vit un peu caché. On peut avoir une pépite et personne ne le sait, donc il y a tout à faire. Et puis le contenu nous permet même de travailler avec des grands groupes. Donc on a tous les profils, toutes les tailles, et c’est super d’avoir cet équilibre-là. Les entreprises bien installées, très structurées, nous aident aussi à mettre en place des process, à avancer façon grand groupe. Je n’avais jamais connu ce fonctionnement. Mais pour les boîtes plus légères et agiles on a une vraie valeur ajoutée à apporter quand elles sont en plein lancement. Et on peut toucher plein de sujets, ne serait-ce que dans l’échange, sans parler de la mission, car elles vont explorer des nouveaux marchés qu’on ne connaît pas. 

Selon toi, lorsque l’on est entrepreneur, à quel moment doit-on faire appel à une agence RP ?

Tous les moments sont bons ! Mais le lancement est assez stratégique. Pour faire des RP, il faut avoir une actualité. Donc le lancement peut-être l’info : tu es nouveau sur le marché, potentiellement tu as une offre de service ou un produit qui n’existait pas ou qui est très différenciant, ça peut intéresser les médias. Ou bien, au moment d’une réorganisation, du lancement d’un nouveau produit, des passages d’échelle aussi avec un certain chiffre d’affaires, ou encore des événements plus structurels avec l’entrée de nouveaux associés, des levées de fonds… Et puis parfois on a l’impression qu’on a rien à raconter, qu’on est dans notre train train et qu’il n’y a pas d’infos. C’est là que les entreprises ont besoin d‘aide pour identifier ce qui ressort de l’info ou non. Ça peut être par exemple le profil du dirigeant à mettre en avant, qui peut être un homme ou une femme très installé sur le marché, avec une vraie expertise … C’est à nous aussi de trouver l’actualité. Donc tous les moments sont bons pour se lancer, mais les temps forts structurels sont essentiels. 

Aujourd’hui, comme nous proposons aussi de la rédaction de contenu, certains clients viennent pour ce service et découvre plus tard que nous proposons des RP et décident de se lancer comme ça aussi

On peut parfois entendre que la communication est la dernière roue du carrosse, là où l’on met les budgets en dernier. Peut-être encore plus pour les RP ? Quel est le budget minimum que pourrait engager une petite entreprise sur le sujet ?

Pour avoir un ordre d’idée, l’opération type en lancement démarre autour des 1 500 €. Mais pour moi, les RP ne devraient surtout pas être la dernière roue du carosse. En communication, les RP sont une des rares opérations où l’on investit peu pour un retour sur investissement énorme. C’est un retour assez partiel, en équivalence pub, mais le retour est gigantesque par rapport à des achats Google Adwords par exemple, qu’on a l’habitude de quantifier. Donc ce n’est pas si important comme budget, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. Et puis surtout beaucoup de personnes pensent qu’elles n’intéresseront pas les médias. Beaucoup me disent “Mais pourquoi ils parleraient de nous ?”. Mais ils ont plein de raisons de parler de vous ! Et c’est à nous aussi de les  faire parler de vous. Mais il faut bien se rendre compte que c’est assez accessible. Et souvent en temps de crise économique, ça fait partie des budgets qui se maintiennent d’ailleurs : on peut facilement émerger, avoir une belle visibilité, sans y dédier un trop gros budget.

Justement, quel.s impact.s a la crise sanitaire actuelle sur les relations presse ?

Ce qui est difficile dans notre travail aujourd’hui et ce qui a été difficile pendant le confinement, c’est d’émerger  médiatiquement, de faire ressortir nos clients dans cette actu surchargée et mono-sujet : la Covid. Les médias ont pléthore de sujets à traiter autour de ça, pourquoi ils iraient s’intéresser à une entreprise plutôt qu’à une autre, et même plutôt qu’au Covid ! On est en concurrence avec un sujet assez majeur ! C’est donc à nous de trouver l’angle qui va raisonner par rapport à la crise sanitaire, avoir un sens, et justifier qu’on puisse changer de sujet, montrer qu’on ne parle pas que de ça… Aussi, les journalistes sont plus difficilement joignables. Avec le télétravail, il n’y a plus personne dans les rédactions. Pour certains clients, on envoie des échantillons à la presse, donc on a dû remettre à jour nos bases de données pour avoir des adresses personnelles, c’est beaucoup plus compliqué ! 

Pour autant, je ne dirais pas que les clients étaient plus frileux… 2020 est l’année où il y a eu le plus de création d’entreprises et ça s’est senti dans notre activité. Finalement entre le confinement et aujourd’hui on a lancé beaucoup  de missions RP avec des boîtes en création ! Dont trois qui se sont lancées pendant le confinement. Et puis il y a eu toutes les entreprises installées qui avaient une activité qui justifiait des RP. On a par exemple des clients dans le secteur de la santé, donc en lien avec la crise sanitaire. Une entreprise dans le vélo, donc ça avait de l’intérêt pendant la crise sanitaire, etc… Ça a quand même fait naître des sujets sociétaux. Cela a permis à des boîtes de se dire “Il faut qu’on prenne la parole, ça nous concerne”. Donc pour l’instant les budgets RP ne sont pas coupés, et il y aura toujours des gens qui se lancent ! 

Mais tout ça nous a forcé à repenser nos méthodes de travail et à repenser les angles, on ne travaille pas de la même façon… Et les médias ont souffert aussi de cette crise. Donc on peut s’attendre à la disparition de certains titres, et pour nous, moins il y a de médias, moins il y a de vecteurs sur lesquels pousser nos clients donc ça pourrait nous impacter…

Tu le sais, chez Thriès, notre credo c’est de libérer l’esprit et le temps des entrepreneur.e.s submergé.e.s. As-tu mis des actions en place, dans ton quotidien d’entrepreneure, pour gagner du temps, conserver du temps pour toi, te ressourcer ? 

D’abord, dans l’organisation du quotidien, j’ai des plannings de tâches claires, et ma collaboratrice Charlène également. On s’est inspiré du livre La 25ème heure. On a aussi des outils pour compter notre temps. Je diffère l’envoi d’emails également. Ce sont des choses toutes bêtes mais des outils du quotidien très utiles. Je raisonne par plage horaire dédiée à une tâche : je coupe les mails, je ne regarde pas les notifications de mon téléphone, tous ces éléments qui polluent l’esprit. Et puis on a augmenté les missions de notre expert comptable pour faire moins de gestion administrative, et cela depuis longtemps. Dans l’organisation client, nous avons mis en place des points hebdomadaires ou bihebdomadaires. On le fait systématiquement maintenant et je trouve que dans l’avancée des projets on se répartit mieux les rôles, les infos passent mieux avec le client, etc… On avait également pris un stagiaire, ce qui nous a beaucoup aidé, notamment sur la gestion des réseaux sociaux ou sur des petites tâches comme des bases de données à mettre à jour. On a décidé de garder ce poste de stagiaire à l’année, et si l’activité augmente d’en faire un salarié à part entière. 

Et puis il y a le sport ! Depuis 1 an et demi, nous faisons appel à une coach qui nous fait des cours de sport à Charlène et moi. Même si ça prend du temps sur le papier puisqu’on fait ça entre midi et deux, et qu’on pourrait presque bosser pendant notre pause (surtout maintenant qu’il y a plus de restos !). Mais ça remet les idées en place, ça détend, ça resserre aussi les liens… C’était avant tout un simple plaisir personnel, mais qui se révèle être un outil de performance pour l’entreprise !

Tu as monté l’Agence Lug seule, à quel moment tu t’es dit qu’il fallait agrandir l’équipe ?

Quand je suis tombée enceinte de mon deuxième enfant ! Je pensais que ça allait le faire au début. Mais j’ai perdu des prospects, des missions n’ont pas été signées, parce qu’ils m’ont vu arriver avec mon ventre et qu’ils savaient que je devrais m’arrêter à un moment ! Moi je pensais continuer, j’ai de la famille pour prendre le relai les premiers mois en attendant la crèche, donc go ! Je savais que je serais fatiguée et moins efficace mais je voulais quand même continuer… Ce qui m’a décidé c’est ces prospects perdus et mon comptable qui m’a expliqué qu’en statut SAS mon salaire serait maintenu pendant 4 mois par l’assurance maladie. Je me suis dit que je prenais pas beaucoup de risques, avec un CDD qui me permettrait d’être plus à l’aise et de rassurer mes clients… Finalement le CDD est resté un poste à temps plein. Et heureusement que je l’ai fait ! J’ai tout de suite repris, 2 semaine après la naissance j’étais chez les clients, mais c’était quand même précieux d’avoir du relais et de la qualité client assurée, et de profiter de mon fils ! Et puis ça m’a libéré du temps pour prospecter, pour faire grandir la boîte, c’est toujours compliqué de se dire à quel moment on bascule vers une embauche, c’est un saut dans le vide sans filet, mais qu’il faut faire à un moment donné !

Enfin, si il n’y avait qu’un seul conseil à donner à un.e entrepreneur.e, lequel serait-il selon toi ?

Ce n’est pas évident de n’en choisir qu’un seul ! On entend souvent dire qu’il faut bien s’entourer, mais je ne pense pas que ce soit le seul conseil… Je pense qu’il faut y croire en fait ! S’accrocher, même si c’est long, même si on a tous des bas, du moment qu’on bosse bien je suis persuadée que ça ne peut que marcher ! Je me rappelle de moments où je n’arrivais même pas à ouvrir mon feed LinkedIn car je me disais “Eux ils ont plein de clients, moi je n’en ai pas encore !”, je trouvais ça horrible… J’avais arrêté de regarder pendant deux ou trois mois ! On m’a aussi proposé des postes salariés lorsque je démarrais. J’en ai parlé à mon conjoint, je savais que c’était des bonnes opportunités. Mais il m’a dit “Non, tu as ton projet, ça va marcher, il faut que tu y croies, sinon tu vas arrêter en cours de route…”. C’est arrivé à deux reprises, et il m’a soutenu ! Aujourd’hui, pour rien au monde je ne reprendrais un poste salarié ! J’aime trop mon entreprise, mon organisation ! Donc il faut se laisser le temps d’y croire, de persévérer… 

Et puis, on est submergé d’infos sur des boîtes créées depuis 6 mois, avec 50 salariés, des levées de fonds gigantesques… Mais il ne faut pas se décourager devant ces news. Il y a un super livre de Philippe Silberzahn, de l’EM Lyon, qui s’appelle L’effectuation. Il explique que ces exemples, les Google, les Facebook, ce sont des cas isolés. Le vrai tissu économique, ce sont des gens comme nous, qui ont une compétence et la vendent de façon assez simple, sans dire qu’ils ont eu l’idée du siècle et vont disrupter le marché… Il faut raisonner en moyen : qu’est-ce que l’on a à disposition, qu’est-ce que l’on sait faire, et quelles sont les pertes acceptables, en temps, en argent. Quel risque tu es prêt à prendre ? Et allons-y ! C’est accessible à tous, entreprendre ce n’est pas créer une multinationale, c’est aussi être plombier, indépendant, tout seul, … Mais créer sa boîte, en vivre et c’est ça le principal ! Je trouve ce type de discours assez rassurants et ça m’a beaucoup aidée !

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Merci à Charlotte pour ces paroles inspirantes ! Vous pouvez retrouver l’Agence Lug sur son site internet, et sur LinkedIn.

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