Joanna et Thomas de Kigygo, entrepreneurs et en couple

Paroles d’entrepreneurs : Joanna et Thomas, fondateurs de Kidygo, entreprendre en couple avec succès

Thriès donne la parole aux entrepreneurs. Nous partageons avec vous leurs expériences, leurs solutions et leurs conseils. Aujourd’hui, en lien avec notre dernier article, nous mettons l’accent sur comment entreprendre en couple avec succès… N’hésitez pas à nous partager vos expériences !

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Joanna et Thomas se sont rencontrés lors de leurs études d’ingénieurs en industrie. Ils planchent alors ensemble sur un projet pédagogique demandant de monter un business plan viable… C’est ainsi qu’est née Kidygo ! “Mais comment avez-vous fait pour entreprendre en couple ? Jamais je ne me serais lancé dans cette aventure !” : des mots qu’ils ont entendu bien souvent… S’ils ont pu se remettre en question à leurs débuts, face aux peurs des spectateurs de leur soif d’entreprendre à deux, ils sont aujourd’hui fiers de leur réussite et dénouent pour Thriès les clés de leur succès.

Bonjour à tous les deux ! Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et présenter l’entreprise que vous avez créée ensemble ?

Bonjour, nous sommes Joanna et Thomas, les fondateurs de Kidygo, un service d’accompagnement des enfants dans les transports (train, bus ou avion). Via notre plateforme internet, nous mettons en relation des parents qui veulent faire voyager leurs enfants seuls (sans pouvoir les accompagner eux-mêmes) avec des personnes qui peuvent les accompagner sur le trajet prévu. En échange, les parents paient une partie ou la totalité du billet de l’accompagnateur.

Nous avons commencé à travailler sur l’idée de Kidygo dès 2014, lors d’un projet pédagogique en fin de nos études d’ingénieurs. Dès 2015 nous avons officialisé la création de la société. Nous avons réalisé deux levées de fonds, une première avec un investisseur particulier, et une de plus grande ampleur un an et demi après, lors de laquelle l’Aéroport de Lyon a investi 300 000 €.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur comment vous avez décidé d’entreprendre à deux ?

Cela s’est fait très naturellement. Nous étions un jeune couple, nous faisions nos études ensemble à Centrale Nantes. On travaillait souvent ensemble sur les projets universitaires, pour s’organiser plus facilement. Nous avons eu un projet pédagogique qui consistait à réaliser un business plan. Dès le départ, on avait la volonté de faire quelque chose de réalisable concrètement, sans savoir si cela aboutirait à une création de société. Mais nous voulions mener le projet ensemble car on avait déjà en tête l’éventualité de nous installer ensemble et de construire quelque chose à deux. Nous avons débuté ce projet à trois, avec un camarade de l’époque, puis à la fin de nos études s’est posée la question de notre avenir professionnel. On a naturellement choisi la voie de l’entreprenariat. Notre associé de l’époque s’est détaché du projet. Malgré nos efforts pour créer une dynamique à trois, le fait d’être un couple et une tierce personne n’a pas joué en notre faveur. Même si on essayait de jouer le jeu, on parlait tout de même du projet lorsqu’on était tous les deux. On a senti que lui se sentait un peu seul vis-à-vis de nous. Lorsque nous sommes partis à Lyon qui était un environnement favorable à ce projet, il est resté sur Paris, puis tout s’est accéléré avec les deux levées de fonds. 

Quelle organisation, à la fois juridique et pratique, avez-vous mise en place ?

Tout d’abord, lorsque l’on a créé la société en mars 2015, on a fait vraiment attention dès le départ à ne pas mettre de hiérarchie entre nous : parts égales, chacun avait 50% du capital, nous avons nommé l’un de nous Président et l’autre Directeur Général… Tout ce que l’on pouvait diviser en deux, on l’a fait. On était même très psychorigides sur la question ! On a appris par la suite, par exemple, que le Président a une voix prépondérante en cas d’égalité des voix et ça nous a beaucoup contrarié car on ne le savait pas avant et on avait attribué les rôles au hasard…

Nous avons fait le choix de monter la société en SAS, et notre première dépense a été pour notre pacte d’associés, grâce aux services d’une juriste. On a fait le choix de régler les questions “qui fâchent” dès le départ, pour se libérer l’esprit. On ne sait pas ce que la vie nous réserve, on voulait que tout soit clair si on venait à se disputer voire se séparer. C’était aussi un avantage vis-à-vis des investisseurs, qui parfois préfèrent qu’une voix puisse trancher en cas de désaccord. Là, il était établi que nous serions simplement dilués, toujours à parts égales. 

Pour ce qui est de l’organisation pratique, cela a été plus long à mettre en place. Nous n’avions pas de rôles définis au début. On avançait dans un nouveau projet, sans rôles respectifs… Il nous a fallu une bonne année pour connaître clairement nos rôles et pour que notre organisation soit rodée. Ce qui a été clé notamment c’est d’avoir défini des lieux et horaires lors desquels on parlait de Kidygo et des moments off où le sujet était tabou. On ne parlait pas de nos journées de boulot à table, contrairement aux couples classiques, sinon on dérivait rapidement sur des sujets stratégiques ! Donc on s’interdisait d’en parler à la maison. 

On a établi nos rôles respectifs petit à petit également. Au début, on se marchait dessus, cela créait des tensions. On sortait de nos études, on était moins matures, on se connaissait moins. Maintenant, on ne consulte plus forcément l’autre pour une décision à prendre sur notre champ de compétences personnel.  

Comment le fait d’entreprendre en couple a-t-il été perçu par votre entourage ? Alliez-vous au devant des questions ou restiez-vous discrets sur votre situation ?

La question nous a toujours été posée. Un garçon, une fille… Les investisseurs par exemple nous demandaient systématiquement si nous étions en couple. Ou en tout cas, nous l’annoncions souvent de nous même. Car c’est une question compliquée à poser. Les investisseurs qui gèrent des portefeuilles étaient assez frileux vis-à-vis de cette situation. Ils avaient parfois peur de tout perdre pour une dispute. Une fois qu’on avait dit “Nous sommes en couple.”, les questions étaient plus naturelles : “Comment vous répartissez-vous le travail ? Est-ce que vous n’avez pas peur de ne pas pouvoir prendre de décision et que le personnel se mêle au professionnel?”… Auprès de nos partenaires directs, nos stagiaires ou salariés par exemple, on a toujours été transparents sur la question pour éviter tout malaise.

Mais au début de l’aventure, on avait beaucoup de mal avec ces questions… “Ah vous êtes en couple ! Je ne sais pas comment vous faites, je ne pourrais pas faire ça !”, ou encore “Mais vous êtes fous d’entreprendre à deux, vous risquez de perdre la boîte et votre partenaire !”. Quand tu te lances, les gens donnent beaucoup de conseils, souvent non sollicités et sans aucune délicatesse. Et dans notre situation, à la sortie de nos études, sans expérience, et en plus en couple… Personne n’y croyait ! On a vite fait de se remettre en question lorsqu’on a aucune expérience ! On était très nerveux au début du fait de ces questions, toujours en tension. Mais heureusement, on a vite compris qu’on était à l’aise comme ça et maintenant ces questions ne nous font plus rien !

Quel impact cette création d’entreprise a-t-elle eu sur votre vie à deux ? Vous avez façonné votre couple en même temps que la création de Kidygo finalement…

Joanna : Eh bien c’est sur qu’un couple de trentenaires, ensembles depuis plusieurs années, devrait mettre moins de temps que nous à se lancer et construire son entreprise ! On ne se connaissait pas depuis longtemps, on découvrait la vie de couple en même temps que la vie active, on allait entreprendre dans un milieu dans lequel on avait pas fait d’études… On avait tout à découvrir en même temps ! 

L’avantage est que l’on a définit nos rôles au fur et à mesure, nous nous sommes adaptés. Et quand certains disent “Je ne pourrais jamais entreprendre avec ma/mon partenaire”, nous on essaie maintenant de garder des projets à deux ! On s’en est rendu compte quand certains parlent de mariage par exemple, ils ont des étoiles dans les yeux car c’est un projet qu’ils mènent ensemble en couple. Nous nous n’avons pas ce besoin, nous sommes comblés par ce qu’on appelle des projets “pro” mais qui finalement sont des projets qui nous animent, qu’on a tous les 2. On a déjà plein de projets ensemble ! 

Dans la vie quand un couple doit s’engager sur quoi que ce soit, comme prendre un chien ou faire un enfant, il se pose des questions collatérales sur l’engagement. Nous on a déjà avancé de ce côté là !

Thomas : Oui c’était vraiment chouette, on a construit notre couple comme ça, avec nos compétences et caractères complémentaires. Mais c’est vrai que l’on a de la chance, on n’avait pas les mêmes attraits à la base. J’ai découvert, mon goût pour la technique et le développement, Joanna a tout de suite été dans l’aspect relationnel…

On n’avait rien bâti : ni compétences, ni rythme de vie, pas d’enfant, pas de crédit, etc… Ca avait un vrai côté facilitant, pour notre couple et pour le fait d’entreprendre. Quand on n’a rien, on n’a rien à perdre, on se lance avec moins d’appréhension. Si on n’y arrive pas c’est pareil, retour à la case départ et on recommence !

Joanna : Tout à fait, et le fait d’être à deux dans l’entreprenariat, avec les mêmes problématiques, on ne pouvait que comprendre l’autre. Quand on décidait de prendre des risques, on le faisait à deux. Sans connaître la situation, on imagine que quand un entreprend et pas l’autre, il peut y avoir des tensions … Et puis nous avons organisé notre rythme de vie en fonction de notre activité. On avait les mêmes moments chauds et les mêmes moments de mou, en terme de charge de travail. Si l’on veut prendre un après-midi dans la semaine, on peut le faire avec les mêmes problématiques de calendrier.

Thomas : Il y a aussi sur l’aspect émotionnel que nous sommes “calés”. En couple, quand l’un ne va pas bien, l’autre peut le soutenir. Pour nous, les problématiques arrivaient en même temps : une super nouvelle et tout le monde est content, mais si ça ne va pas, ont fait face au même stress. C’est à la fois positif et négatif, un peu particulier.

Merci pour ce partage ! Pour finir, quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient entreprendre en couple ?

Joanna : Mmmhh… Bien délimiter les rôles pour commencer. C’est ce qui nous a mis en difficulté au début : ne pas avoir de rôles définis. On avançait moins vite car chacun faisait le rôle de l’autre, on faisait tout à deux ! Aujourd’hui on sait que sur certaines questions on ne consulte plus l’autre pour avancer.

Thomas : Moi je dirais se faire confiance surtout, en couple je veux dire, pas juste à l’autre. Beaucoup de gens viennent nous voir avec de l’appréhension, “Comment vous faites, comment ça se passe pour vous ?”… Je pense que si on en a envie, si on se pose la question, c’est une aventure de vie comme une autre. Donc si on le sent, il  faut y aller ! Ca nous a compliqué les choses de se demander en permanence “Est-ce qu’on fait pas une connerie de monter une boîte ensemble ?”. Finalement, la seule conséquence que ça a eu c’est qu’on était tendus pendant quelques mois, le temps de se rendre compte que tout roule en fait !

Joanna : On s’est aussi toujours dit qu’on faisait passer notre couple avant la boîte. Si un de nous avait envie d’arrêter et pas l’autre, la conclusion aurait été que les deux arrêtent, sans aigreur de l’un ou l’autre. On était prêt à arrêter le projet, c’est dans notre pacte moral.

Thomas : Oui et c’est peut être le meilleur conseil, plutôt pragmatique. Prévoir ce qu’il se passe si l’on se rend compte que l’on ne peux pas bosser avec l’autre. Si on n’y réfléchit pas, ça peut vraiment être compliqué.

Est-ce que vous recommenceriez l’expérience ?!

Oui bien sûr ! Aujourd’hui, on développe chacun nos activités de notre côté mais on veut toujours garder des projets ensemble. Cet équilibre que l’on est entrain de trouver nous convient totalement.

Merci à Joanna et Thomas pour ce moment et ce partage d’expérience. Entrepreneurs à la sortie de leurs études, en couple, et désormais jeunes parents, leur parcours et leur réussite ont de quoi inspirer. Chez Thriès, nous sommes persuadés que les réussites professionnelles sont conditionnées par un épanouissement personnel nécessaire. C’est la nature de notre service : rendre du temps aux entrepreneurs pour qu’ils s’épanouissent personnellement et professionnellement.

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